L’enfantement est un processus physiologique naturel, et ton corps sait faire ! Il produit ses propres hormones anesthésiantes, comme l’endorphine, qui a un effet similaire à la morphine. Certains enfantements ne sont pas vécus comme douloureux, et il existe de nombreuses stratégies pour accompagner les sensations sans recourir systématiquement à une anesthésie médicale. Cependant, chaque personne est différente, et il est important d’avoir toutes les informations en main pour faire un choix éclairé.
Une bonne préparation peut aider à mieux gérer les sensations de l’enfantement. Si ce sujet t’intéresse, je te recommande vivement la BD La Naissance de Lucile Gomez, ainsi que la préparation à la naissance de Quantik Mama. Elles donnent des clés précieuses pour comprendre le processus physiologique et le vivre en confiance.
Les différentes options d’anesthésie
- Aucune anesthésie médicale : L’enfantement se fait naturellement, le corps sécrétant ses propres hormones pour gérer la douleur.
- Protoxyde d’azote (gaz hilarant) : Un gaz inhalé qui aide à mieux supporter la douleur sans supprimer complètement les sensations.
- Péridurale classique : Injection d’anesthésiant dans l’espace péridural qui supprime ou atténue fortement la douleur.
- Péridurale faiblement dosée : Une péridurale ajustée pour laisser ressentir les contractions et permettre une participation active.
- Péridurale ambulatoire : Une péridurale dosée plus faiblement permettant une certaine mobilité.
Comparatif des options d’anesthésie
Type d’anesthésie | Avantages | Inconvénients |
---|---|---|
Aucune anesthésie médicale | Permet de ressentir pleinement l’enfantement et de bouger librement. Favorise la sécrétion d’endorphines naturelles. Moins d’interventions médicales et de surveillance. Temps de travail potentiellement plus court. Récupération plus rapide. | Nécessite une bonne préparation mentale et physique. Peut être intense surtout si l’environnement n’est pas adapté. |
Protoxyde d’azote (gaz hilarant) | Effet immédiat, permet de mieux gérer les contractions sans supprimer complètement la sensation. Facile à utiliser. Solution adaptée en cas de difficulté à se détendre, à rester dans sa bulle. | Moins efficace sur les contractions très intenses. Peut donner des nausées ou des vertiges. Disponible dans certaines maternités seulement. |
Péridurale classique | Soulagement efficace de la douleur, permet de se reposer en cas de travail long. Solution adaptée en cas de difficulté à se détendre, à rester dans sa bulle. | Nécessite un monitoring en continu, des touchers vaginaux plus fréquents et une perfusion. Peut ralentir le travail et augmenter les interventions (forceps, ventouse). Effets secondaires possibles : baisse de tension, difficultés à uriner, sensation de dissociation, douleurs au dos prolongées, risque de brèche méningée (maux de tête sévères et invalidants). Parfois, elle ne fonctionne pas correctement (absence d’effet ou effet unilatéral). Peut espacer les contractions, nécessitant l’ajout d’ocytocine de synthèse. Augmente les risques de poussée dirigée, de poussée plus longue, d’hémorroïdes. |
Péridurale faiblement dosée | Permet de mieux ressentir les contractions et de participer activement à la poussée. Offre un compromis entre soulagement et perception. | Moins de risques d’interventions médicales mais globalement, les mêmes risques que pour la péridurale classique. |
Péridurale ambulatoire | Permet une certaine mobilité après la pose (selon dosage et protocole de l’hôpital), travail potentiellement plus rapide. Soulagement efficace. | Moins de risques d’interventions médicales mais globalement, les mêmes risques que pour la péridurale classique. |
L’ocytocine de synthèse et ses risques
L’administration d’une péridurale a souvent pour conséquence de ralentir les contractions, ce qui conduit fréquemment à l’utilisation d’ocytocine de synthèse (Syntocinon) pour relancer le travail. Ainsi, aux risques liés à l’anesthésie péridurale s’ajoutent ceux liés à l’utilisation de cette hormone artificielle, qui présente plusieurs effets secondaires notables :
- Contractions plus intenses et rapprochées, pouvant être plus difficiles à gérer pour le bébé et la mère.
- Augmentation du risque de souffrance fœtale et d’interventions comme la césarienne.
L’impact du monitoring en continu
L’administration d’une péridurale impose un monitoring continu pour surveiller le rythme cardiaque du bébé et les contractions utérines. Cette surveillance permanente a plusieurs conséquences :
- Mobilité réduite : Le monitoring oblige souvent la personne à rester allongée ou en position semi-assise, limitant la possibilité d’adopter des postures physiologiques qui facilitent le travail et la descente du bébé.
- Allongement de la durée du travail : Certaines études suggèrent que la restriction de mouvement induite par le monitoring en continu pourrait prolonger la durée du travail en empêchant la gravité d’aider à la progression du bébé.
- Augmentation du risque d’interventions : Une étude publiée dans The Lancet (Alfirevic et al., 2017) a comparé le monitoring en continu à l’auscultation intermittente et a constaté une augmentation du taux de césariennes et d’extractions instrumentales (forceps, ventouse) en cas de surveillance continue, sans amélioration significative des résultats néonataux.
Ce point est à prendre en compte lorsqu’on envisage une péridurale, car la diminution de la mobilité et l’augmentation des interventions peuvent influencer l’expérience de l’enfantement et le rétablissement postnatal.
Les impacts de l’anesthésie sur l’allaitement et l’attachement
L’administration de la péridurale et de l’ocytocine de synthèse peut perturber plusieurs processus physiologiques postnataux :
- Montée de lait retardée : La péridurale et l’ocytocine de synthèse peuvent altérer la libération d’ocytocine naturelle après la naissance, retardant ainsi la montée de lait.
- Somnolence néonatale : Certains bébés exposés à la péridurale peuvent être plus endormis après la naissance, ce qui peut affecter leur capacité à téter efficacement dans les premières heures, impactant ainsi la mise en place de l’allaitement.
- Frein à la libération d’ocytocine naturelle : Cette hormone, souvent appelée « hormone de l’amour », joue un rôle fondamental non seulement dans l’allaitement, mais aussi dans le lien d’attachement avec le bébé et le bien-être maternel en post-partum. Certaines études suggèrent que l’administration d’ocytocine de synthèse pourrait perturber la régulation endogène de cette hormone, ce qui pourrait influencer les comportements maternels et le processus d’attachement mère-enfant.
Monitoring en continu : impacts et limites
L’usage systématique du monitoring en continu lors de l’enfantement sous péridurale est souvent justifié par la nécessité de surveiller le rythme cardiaque fœtal. Cependant, plusieurs études ont remis en question son efficacité et soulignent des effets indésirables :
- Augmentation des interventions médicales : Une méta-analyse publiée dans The Lancet (Alfirevic et al., 2017) a comparé le monitoring en continu à l’auscultation intermittente et a constaté une augmentation du taux de césariennes et d’extractions instrumentales (forceps, ventouse) en cas de surveillance continue, sans amélioration significative des résultats néonataux.
- Aucune réduction des complications neurologiques néonatales : Une étude plus récente (Politi et al., 2023) a confirmé ces résultats, montrant que le monitoring en continu est associé à une hausse des césariennes et des accouchements vaginaux opératoires, augmentant ainsi les risques de morbidité et de mortalité maternelle et fœtale. Or, l’un des objectifs initiaux de cette surveillance accrue était de réduire les lésions neurologiques néonatales, mais aucune diminution de ces complications n’a été observée.
- Mobilité réduite et impact sur la physiologie de l’enfantement : Le monitoring en continu implique souvent une position allongée ou semi-assise, limitant la mobilité de la personne qui enfante. Or, la liberté de mouvement est un facteur clé pour faciliter la descente du bébé et favoriser un enfantement physiologique plus fluide.
Ainsi, bien que le monitoring en continu soit devenu une norme dans de nombreuses maternités, son utilisation systématique devrait être questionnée au regard des données scientifiques actuelles. L’auscultation intermittente, qui permet une surveillance plus flexible et respectueuse de la physiologie, pourrait être une alternative pertinente dans de nombreux cas.
Conclusion
Choisir une anesthésie pour l’enfantement est une décision profondément personnelle. Il n’existe pas de « bonne » ou de « mauvaise » option, mais plutôt celle qui te conviendra le mieux en fonction de tes attentes, de ton vécu et des conditions de ton enfantement. L’essentiel est d’avoir accès à des informations claires et complètes pour faire un choix éclairé, en accord avec tes besoins et tes valeurs.
Si tu envisages un enfantement physiologique, sache que ton corps est conçu pour enfanter et qu’il sécrète naturellement des hormones qui facilitent ce processus. Une bonne préparation, un environnement favorable et un accompagnement bienveillant peuvent t’aider à traverser cette expérience avec plus de confiance et de sérénité.
Si tu souhaites bénéficier d’une anesthésie, connaître ses effets et ses alternatives te permettra de mieux anticiper et de discuter avec ton équipe médicale des options les plus adaptées à ta situation.
Quelle que soit la voie que tu choisiras, rappelle-toi que tu es la meilleure personne pour savoir ce qui est juste pour toi et ton bébé. L’enfantement est une aventure unique et puissante, et tu mérites d’être entourée, écoutée et soutenue à chaque étape.
Sources
- Odent, M. (2014). The Birth of Homo, the Marine Chimpanzee: When the Tool Becomes the Master.
- Buckley, S. J. (2015). Hormonal Physiology of Childbearing: Evidence and Implications for Women, Babies, and Maternity Care.
- Politi et al (2023), The time has come for a paradigm shift in obstetrics’ medico-legal litigations
- Ecole Quantik Doula
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Photo : Stephen Andrews / Unsplash

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