Lors de la troisième échographie, on estime souvent le poids du bébé. Si celui-ci semble supérieur à 4 kg (macrosomie), il se peut qu’on te propose un déclenchement pour éviter un accouchement difficile. Mais cette recommandation est-elle vraiment justifiée ? Voyons ce que disent les études et les recommandations officielles.
L’estimation du poids fœtal : une précision toute relative
L’échographie permet d’estimer le poids du bébé, mais cette estimation n’est pas parfaitement précise. Les écographistes eux-mêmes peuvent obtenir des résultats différents pour un même bébé, et la marge d’erreur est généralement comprise entre 10 et 20 %. Cela signifie qu’un bébé annoncé à 4,2 kg pourrait en réalité peser 3,8 kg à la naissance !
De plus, le poids estimé doit être mis en perspective avec la physionomie des parents. Par exemple, une femme grande qui attend un bébé de plus de 4 kg, cela ne devrait pas représenter une inquiétude dans le cadre d’une grossesse normale. À l’inverse, pour une personne de plus petite stature, un bébé de même poids pourrait présenter des enjeux différents. Il est donc essentiel d’évaluer chaque situation de manière individualisée plutôt que de se fier uniquement à un seuil chiffré.
Si vous souhaitez explorer ce sujet, je vous conseille les livres de Floriane Schaeffer, sage-femme : C’est mon accouchement et Mon accouchement physiologique.
Que disent les recommandations officielles ?
La Haute Autorité de Santé (HAS) indique que « les données actuelles ne permettent pas d’affirmer que le déclenchement artificiel du travail chez une femme non diabétique, avec suspicion de macrosomie fœtale, contribue à réduire la morbidité maternelle et néonatale ». En d’autres termes, déclencher l’accouchement juste parce que le bébé semble gros n’apporte pas de bénéfice prouvé.
D’autres instances comme l’OMS et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) ne recommandent pas non plus le déclenchement pour cette seule raison.
Malgré cela, il est encore souvent pratiqué par précaution ou convenance (ex. période estivale, organisation des équipes médicales). Voici une liste de questions très précises à poser à la maternité ou à la sage-femme qui aborde le cas particulier de la macrosomie.
Les risques du déclenchement
Accepter un déclenchement alors que ton corps et ton bébé ne sont pas prêts peut augmenter certains risques :
- Travail plus long et plus douloureux
- Augmentation du risque d’utilisation d’instruments (forceps, ventouse)
- Augmentation du taux de césarienne en cas d’échec du déclenchement
Or, lorsque la nature suit son cours, le corps s’adapte naturellement. Le bassin maternel est souple et s’élargit pour laisser passer le bébé. Son crâne, composé de plusieurs plaques osseuses, se modèle également pour faciliter le passage.
On peut avoir un gros bébé et accoucher après le terme, de manière physiologique, même si cela peut faire un peu peur. Ce n’est pas une semaine de plus qui va faire une grande différence concernant la taille.
Un accouchement plus difficile avec un gros bébé ?
Contrairement à certaines idées reçues, accoucher d’un bébé plus gros ne signifie pas forcément plus de complications.
Des études montrent que le taux de déchirure n’est pas plus élevé chez les femmes qui accouchent de bébés macrosomes. Certaines rapportent même un accouchement plus rapide et plus fluide, grâce à l’effet combiné du poids du bébé et de la gravité qui facilite sa descente.
Une étude qui interpelle sur la macrosomie
Une étude menée par Sadeh-Mestechkin et al. en 2008 a examiné les dossiers de 145 femmes et de leurs bébés. Elle met en évidence un impact psychologique important du diagnostic de macrosomie : les femmes à qui l’on annonçait un « gros bébé » vivaient davantage de stress et d’incertitudes, ce qui influçait les décisions médicales et augmentait la probabilité d’interventions comme le déclenchement. Elle a révélé que les femmes dont on soupçonnait la présence d’un bébé macrosome (« gros ») ont connu des naissances avec plus de complications que celles dont le bébé macrosome était inattendu.
Dans cette étude, les femmes à qui on avait annoncé un gros bébé avaient un taux de déclenchement de 42 %, alors que celles dont les bébés macrosomes étaient inattendus avaient un taux de déclenchement de seulement 14 %.
Pourquoi cette différence ?
- Le déclenchement est fréquemment proposé lorsque l’estimation du poids au troisième trimestre indique un bébé plus gros, bien que cela repose sur une marge d’erreur importante.
- La peur d’un « gros bébé » est souvent semée, ce qui engendre des doutes chez la future maman sur sa capacité à enfanter en autonomie.
Le bassin trop étroit, une idée reçue
« L’incapacité de mettre au monde de « gros bébés » trouve dont origine dans la tête des médecins et pas dans le corps des femmes. » Henri Goer
On entend parfois que certaines femmes ont un bassin trop étroit pour accoucher naturellement. Pourtant, le bassin maternel est constitué de trois os – l’ilium, l’ischium et le pubis – qui s’articulent. Pendant l’accouchement, une hormone, la relaxine, augmente encore la souplesse de ces articulations. De plus, le crâne du bébé, composé de six plaques et de deux fontanelles, se déforme naturellement pour faciliter son passage dans le canal de naissance.
Le corps est donc prévu pour accoucher, y compris de bébés plus gros !
Et le diabète gestationnel ?
Si un diabète gestationnel est confirmé, la situation est différente. Un gros bébé dans ce contexte n’est pas sa normalité, mais le résultat d’une pathologie. C’est donc un cas à part.
Pour en savoir plus, tu peux lire notre article sur le diabète gestationnel.
En conclusion
La décision de déclencher l’accouchement pour suspicion de macrosomie doit être prise avec précaution. Si aucune pathologie n’est présente, il est préférable de laisser le travail se déclencher naturellement.
La macrosomie doit par ailleurs être relativisée en fonction de la physiologie maternelle et des conditions de l’enfantement.
Sources :
- Sadeh-Mestechkin et al., 2008. Suspected macrosomia? Better not tell
- Haute Autorité de Santé, Synthèse des recommandations professionnelles, avril 2008
- Ecole Quantik Doula
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Photo : Luma Pimentel / Unsplash

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