Dépassement de terme

En France, le terme d’une grossesse est fixé à 41 semaines d’aménorrhée (SA), même si la définition internationale parle de 42 SA. Pourtant, ce calcul reste théorique : il est tout à fait possible d’enfanter naturellement et sans complications après la date présumée du terme.

📌 Qu’est-ce que les semaines d’aménorrhée ? Le calcul du terme se base sur le premier jour des dernières règles, et non sur la conception réelle. Les semaines d’aménorrhée (SA) correspondent donc aux semaines écoulées depuis cette date. Par exemple, une grossesse à 40 SA correspond en réalité à environ 38 semaines de développement embryonnaire.

💡 Attention à la marge d’erreur ! Certain.e.s professionnel.le.s ne prennent pas en compte la durée et la régularité du cycle menstruel, ce qui peut fausser l’estimation. Un cycle plus long ou irrégulier peut décaler l’ovulation et donc la conception. Ne te laisse pas imposer une date qui ne correspond peut-être pas à ta réalité et qui aura un impact important en cas de « dépassement de terme ».

Par ailleurs, il est tout à fait possible d’enfanter naturellement et sans complications après la date présumée du terme.

Souvent, un déclenchement est proposé dès 41 SA, pour différentes raisons :

  • Principe de précaution concernant l’augmentation des risques (cf. partie sur les études),
  • Organisation des services de maternité et gestion des plannings.

Cependant, un déclenchement n’est pas sans risques. Il est donc essentiel de bien s’informer sur toutes les options afin de faire un choix éclairé.

Attention au décollement des membranes

Certain.e.s professionnel.le.s pratiquent un décollement des membranes quelques jours avant la date probable du terme, sans toujours demander explicitement le consentement. Cette pratique consiste à insérer un doigt dans le col pour décoller la poche des eaux, dans l’espoir de déclencher le travail naturellement.

Ce geste n’est pas sans risque : il peut provoquer des contractions douloureuses sans forcément enclencher le travail, augmenter le risque de rupture prématurée des membranes, d’infection et de stress pour le bébé si l’enfantement ne débute pas rapidement après. D’autres méthodes existent pour aider le corps à se préparer en douceur, comme l’acupuncture, l’homéopathie ou certaines positions favorisant l’engagement du bébé.

Néanmoins, si tu es informée des risques et des bénéfices, le décollement des membranes peut être une option à considérer. Lorsqu’il est pratiqué avec ton consentement et dans de bonnes conditions, il peut parfois aider à déclencher le travail de manière plus douce, évitant ainsi la pression d’un déclenchement plus médicalisé. Ce n’est pas garanti mais cela peut être une alternative intéressante si ton col est déjà favorable et que tu souhaites donner une chance au travail de commencer rapidement avant d’envisager des méthodes plus interventionnistes.

Un suivi au lieu d’un déclenchement automatique

Au-delà de 41 semaines, l’OMS recommande un suivi attentif, mais pas un déclenchement systématique. Il est important de ne pas se laisser voler des jours : beaucoup de bébés naissent après 41 ou 42 semaines de manière physiologique.

Des échographies supplémentaires peuvent être réalisées pour surveiller le bien-être de ton bébé et l’état de ton placenta. Certain.e.s sage-femmes et échographistes acceptent de suivre la grossesse après le terme, même en cas de désaccord avec la maternité. D’où le fait que ce soit intéressant de poser les bonnes questions en amont. Voici une liste de questions très précises à poser à la maternité ou à la sage-femme te permettant de les choisir en conscience.

Michel Odent : repenser la notion de « terme »

Le Dr Michel Odent, obstétricien reconnu pour son approche respectueuse de la physiologie de l’enfantement, rappelle que :

  • Un liquide amniotique stable est un bon signe du bon fonctionnement du placenta.
  • Certains bébés ont simplement besoin de plus de temps pour être prêts.
  • L’important n’est pas la date sur le calendrier, mais l’état du placenta.
  • Des examens comme l’étude des hormones placentaires ou l’amnioscopie (autrefois pratiqués) permettaient d’évaluer le bon fonctionnement du placenta, mais ne sont presque plus utilisés aujourd’hui. Avec le développement des échographies, les laboratoires ont arrêté petit à petit de les proposer.

Post-terme ou post-date ?

Le terme exact pour une grossesse dépassant la DPA (date prévue d’accouchement) est post-date. On parle de grossesse post-terme uniquement après 42 SA. Pourtant, beaucoup de bébés naissent naturellement après 40 SA et tout se passe bien !

Surveillance après 41 SA : ce qui est recommandé

À partir de 41 SA, il est conseillé de mettre en place un suivi rapproché, mais sans panique :

  • Échographie pour évaluer le profil biophysique : mouvements du fœtus, tonus, mouvements respiratoires, volume de liquide amniotique.
  • Monitoring fœtal (20 minutes) pour observer le rythme cardiaque et d’éventuelles contractions.

💡 Ce suivi peut parfois générer du stress inutile. L’environnement médical peut être perçu comme menaçant et être contreproductif, ralentir le travail. Se reconnecter à son bébé et surveiller ses mouvements est aussi une approche précieuse.

Dépassement de terme : que disent les études ?

Dans certains pays, un déclenchement est souvent proposé dès 38-39 semaines, notamment chez les personnes de plus de 35 ans. L’argument avancé est qu’un déclenchement préventif réduirait les risques de mort fœtale et de césarienne. Cependant, les études sur le sujet ont de nombreux biais.

Pourquoi moins de césariennes avec un déclenchement précoce ? Parce qu’à 41 SA, les équipes médicales ont davantage peur des complications, donc elles interviennent plus vite.

Après 40 SA, le risque de mort fœtale augmente légèrement (de 0,5 à 1 cas sur 250 naissances), mais reste faible. D’où l’intérêt de bénéficier d’un suivi plus rapproché.

Le placenta a-t-il une date de péremption ?

L’idée selon laquelle le placenta vieillirait comme un aliment périssable repose sur une interprétation erronée de son évolution au fil de la grossesse. En réalité, le placenta ne « vieillit » pas au sens où on l’entend généralement, mais il s’adapte aux besoins du bébé jusqu’à la naissance.

Les calcifications souvent mentionnées comme un signe de dégradation sont en réalité des modifications normales d’un placenta mature. Leur présence ne signifie pas que l’organe cesse de fonctionner correctement, mais plutôt qu’il s’adapte aux besoins évolutifs du fœtus. Comme le souligne le Dr Rachel Reed, si le placenta devenait réellement insuffisant après un certain terme, comment expliquer que les bébés continuent à grandir ? Leur prise de poids est justement la preuve que les échanges entre la mère et l’enfant restent efficaces.

Bien sûr, il existe des cas réels d’insuffisance placentaire, mais ceux-ci sont généralement liés à des conditions médicales sous-jacentes (comme l’hypertension ou certaines pathologies placentaires) et non simplement au dépassement du terme. C’est pourquoi une surveillance attentive de chaque grossesse est essentielle, plutôt qu’une approche systématique du déclenchement basée sur une croyance erronée en une « expiration » du placenta.

Gérer la pression médicale autour du dépassement de terme

Il est important d’échanger avec son équipe médicale pour comprendre leur approche face au dépassement de terme. Sont-ils à l’aise avec une surveillance sans déclenchement ? Ont-ils peur ? N’hésite pas à utiliser la checklist des questions à poser à la maternité ou à la sage-femme pour être sûre de ne rien oublier et de faire les choix qui sont justes pour toi en amont.

Trop de stress autour de toi à la fin de la grossesse sera contre-productif : l’ocytocine (hormone clé du travail) a besoin d’un environnement serein pour favoriser le début du travail.

Conclusion

Le dépassement de terme est très fréquent et rarement problématique si une surveillance adaptée est mise en place. Le plus important n’est pas la date, mais ton bien-être et celui de ton bébé. Ne te laisse pas voler des jours et prends le temps de t’informer sur les meilleures options pour toi.

🎥 Pour en savoir plus sur le dépassement de terme, voici un live Instagram avec Nina Narre et Elena Le Gal, sage-femme.


📌 Sources


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Photo : Isabella Angélica / Unsplash

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