« On a rompu ma poche des eaux car le travail n’avançait pas assez vite. » Voilà une phrase que l’on entend souvent en salle de naissance. La rupture artificielle des membranes (ou amniotomie) est une intervention courante. En général, elle est réalisée pour :
- accélérer et/ou intensifier les contractions,
- raccourcir la durée du travail.
Pourtant, ses bénéfices restent controversés et méritent d’être questionnés : est-elle réellement bénéfique ? Que dit la recherche à ce sujet ? Quels sont les risques ?
Que dit la recherche ?
Les recherches sur la rupture artificielle de la poche des eaux suggèrent que cette intervention n’apporte pas forcément les bénéfices escomptés. Une étude publiée en 2013 conclut que cette pratique, que ce soit chez les femmes dont le travail spontané évolue bien ou lorsqu’il se prolonge, n’est pas justifiée.
Les résultats montrent qu’il n’existe pas de preuve solide indiquant que la rupture des membranes réduit significativement la durée du premier stade du travail. Une méta-analyse a également démontré que l’amniotomie pourrait être associée à une légère augmentation du taux de césariennes, sans bénéfice clair pour le bien-être maternel ou fœtal.
Certaines études soulignent même une corrélation entre la rupture des membranes et une augmentation du recours à l’ocytocine de synthèse, utilisé pour compenser un ralentissement du travail. Une méta-analyse a notamment observé une hausse de l’administration d’ocytocine après amniotomie, suggérant que cette intervention pourrait parfois provoquer un ralentissement plutôt qu’une accélération du travail. Toutefois, l’ampleur de cet effet varie selon les études, et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre cette relation. Par ailleurs, la perte soudaine du liquide amniotique peut modifier la dynamique des contractions, les rendant plus intenses et plus difficiles à gérer sans anesthésie.
Les preuves actuelles ne soutiennent pas l’amniotomie systématique et encouragent plutôt une approche plus individualisée, où chaque situation est évaluée au cas par cas.
Quels sont les risques associés ?
Une intervention aussi courante n’est pas sans conséquences :
- Augmentation de l’intensité des contractions et de la douleur → ce qui peut rendre la gestion du travail plus difficile.
- Engendrer un sentiment d’incapacité → la rupture artificielle peut induire une sensation de perte de contrôle.
- Cascade d’interventions → un travail plus douloureux entraîne souvent une péridurale, augmentant ainsi le risque d’autres interventions (ocytocine de synthèse, extraction instrumentale, césarienne).
- Augmentation du risque de césarienne → certaines études montrent une hausse des césariennes après amniotomie.
- Modification du flux sanguin fœtal → une réponse au stress du bébé peut être observée.
- Aucune garantie de raccourcir le premier stade du travail.
Risques plus rares mais graves :
- Vasa prævia : en rompant la poche, un vaisseau sanguin fœtal peut être sectionné (urgence vitale).
- Procidence du cordon : le cordon ombilical peut descendre avant le bébé, nécessitant une extraction rapide (souvent une césarienne en urgence).
- Embolie amniotique : passage de liquide amniotique dans la circulation maternelle, complication grave et souvent mortelle.
Et dans un accouchement physiologique ?
Les bébés peuvent naître coiffés (dans leur poche intacte), ce qui peut favoriser :
- une descente plus fluide,
- des mouvements plus libres du bébé pour s’engager dans le bassin,
- un passage plus doux à la naissance.
💡 Certaines recherches suggèrent que la vitamine C joue un rôle clé dans la synthèse du collagène, contribuant ainsi à la résistance des membranes fœtales. Toutefois, les études sur l’impact direct de l’alimentation sur la solidité de la poche des eaux restent limitées et méritent d’être approfondies.
Quand la rupture artificielle de la poche des eaux peut-elle être utile ?
Elle peut être envisagée si :
- le travail stagne et que l’alternative est un transfert en maternité ou l’usage d’ocytocine de synthèse,
- la poche est bombée, la dilatation avancée et la femme en demande,
- il y a une suspicion de détresse fœtale et que l’on veut vérifier la présence éventuelle de méconium.
Une décision éclairée
La rupture artificielle de la poche des eaux n’est pas un geste anodin. Avant d’accepter cette intervention, il est essentiel de bien s’informer et de peser les bénéfices et les risques. Comme pour toute intervention en salle de naissance, la décision doit être prise en pleine conscience, avec une information éclairée et un consentement respecté. 🤍
Références
- Smyth RM, Markham C, Dowswell T. Amniotomy for shortening spontaneous labour. Cochrane Database Syst Rev. 2013;(6):CD006167.
- Fraser WD, Marcoux S, Krauss I, et al. The effect of early amniotomy on the duration of spontaneous labor: a randomized trial. Am J Obstet Gynecol. 1993;169(3):653-660.
- Wei S, Wo BL, Xu H, Luo ZC, Roy C, Fraser WD. The effects of early amniotomy on spontaneous labor: a meta-analysis. BJOG. 2013;120(3):306-312.
À vos contributions !
Ces articles ont vocation à être collaboratifs : si tu as remarqué une erreur ou si j’ai oublié des informations importantes, n’hésite pas à le dire en commentaire ou à utiliser le formulaire de contact.
Photo : Camylla Battani / Unsplash

Les 4 essentiels de la préparation à la naissance
Une BD, un livre, une préparation virtuelle et un film-documentaire (ainsi qu’un bonus spécifiquement pour les entrepreneuses et les indépendantes).
No responses yet